La CGT célèbre les 80 ans du programme du Conseil national de la Résistance le 15 mars 2024

Le 15 mars, écrivons la suite des jours heureux !

La CGT a participé activement à la construction du programme du Conseil national de la Résistance (CNR)

Le 15 mars 2024 sera le quatre-vingtième anniversaire de l’adoption du programme du CNR – « Les jours heureux » auquel la CGT a fortement contribué, représentée à l’époque par notre camarade Louis Saillant.

À l’occasion de cet anniversaire, la CGT souhaite montrer comment les acquis de la Libération avaient permis un développement économique et social du pays à l’opposé de ce que Macron met en œuvre aujourd’hui.

Il n’est pas question de célébrer une vision mythifiée et nostalgique du passé ou des évènements, mais de rappeler que si le monde a changé, les exigences de la CGT restent les mêmes, avec un élément nouveau : celui des questions environnementales à lier inévitablement, en 2024, aux questions sociales.

La CGT agit toujours pour une société démocratique, libérée de l’exploitation capitaliste et des autres formes d’exploitation et de domination, contre les discriminations de toutes sortes.

L’Obs « Il est minuit moins le quart » : Sophie Binet préface « les Jours heureux », le programme du CNR

Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, lors d’une manifestation de soutien aux travailleurs grévistes de la tour Eiffel,  à Paris, le 22 février 2024.  (DIMITAR DILKOFF / AFP)

Le 15 mars 1944, les 16 membres du Conseil national de la Résistance (CNR) adoptaient un programme commun publié sous le nom des « Jours heureux ». Sécurité sociale, nationalisations, droit au repos, accès à la culture… « Loin de se limiter à l’abrogation des mesures du gouvernement de Vichy, ou de viser à la restauration des réformes du Front populaire, le programme du CNR crée du neuf et s’avère d’une grande modernité », écrit Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT, dans la préface qu’elle signe et qui accompagne la republication du document chez Grasset. Dans son texte, « Il est minuit moins le quart », elle appelle à s’en inspirer dans ce « moment de clarification qui peut permettre à celles et ceux qui résistent à l’extrême droite et au néolibéralisme de se serrer les coudes et de se rassembler ». En voici des extraits.

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C’est de Gaulle qui lancera la première offensive d’ampleur en 1967 avec sa réforme par ordonnances de la Sécurité sociale. L’objectif est – déjà – de limiter les dépenses de la Sécurité sociale, et de mettre fin à la direction démocratique par les salarié.e.s. Les élections sont supprimées, et la parité avec les patrons est instituée, les salarié.e.s perdant leur majorité des trois quarts. Cette réforme suscite la fronde unanime des syndicats qui organisent en vain plusieurs journées de grève et de manifestations. De Gaulle impose sa réforme, mais paiera son passage en force. Un an plus tard, il doit affronter le mouvement de Mai-68, une mobilisation inédite et massive de la jeunesse pour le droit à l’émancipation conjuguée à de grandes grèves ouvrières pour les droits sociaux. Il n’abroge pas les ordonnances mais la dynamique est lancée : la victoire de la gauche en 1981 apporte des améliorations du système de retraite et de nouvelles nationalisation.

Entre la protection sociale (Sécurité sociale, mutuelles complémentaires, chômage) avec les cotisations des assurés qui financent directement les prestations et les entreprises nationalisées, c’est près de 50 % du PIB qui est exclu de la spéculation capitaliste. Une situation insupportable pour le néolibéralisme naissant porté par Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Le principe : mettre l’Etat au service des marchés financiers, livrer l’économie à la spéculation financière en amenant les entreprises et les Etats à se financer sur les marchés au lieu d’utiliser le crédit bancaire. Pour faciliter la circulation des capitaux ils remplacent les systèmes de retraite par répartition par des caisses de retraite par capitalisation. Ainsi, la gestion des sommes épargnées par les salariés pour financer leurs futures retraites est assurée par des fonds de pension qui les placent dans des entreprises.

C’est ce qui enclenche le mouvement de financiarisation de l’économie, et le passage d’un capitalisme patrimonial avec des entreprises dont le patron est aussi le propriétaire à un capitalisme dominé par des fonds spéculatifs exigeant une rentabilité d’autant plus élevée que la pérennité et la bonne santé de l’entreprise ne les concernent pas. Ils n’en ont cure : seuls comptent les dividendes. Une double peine pour le monde du travail : les retraites par capitalisation sont sans aucune garantie et il suffit d’une crise financière ou de fautes de gestion pour que leur pécule fonde comme neige au soleil et qu’ils se retrouvent sans rien pour financer leur retraite, à l’image de ces millions de retraités américains après la crise des subprimes en 2008.

Ensuite, c’est leur épargne retraite qui financiarise leur travail et leurs entreprises. Pour se convaincre du résultat, il suffit de constater qu’en France, les secteurs dans lesquels les luttes sont les plus dures sont aussi ceux qui sont les plus financiarisés : les premiers actionnaires d’Orpea, gestionnaire d’Ehpad impliqué dans un scandale de maltraitance, sont les retraités canadiens, via leur système de retraite public par capitalisation. De même, dans le secteur du commerce et de l’habillement marqué par de violentes restructurations et faillites issues d’une gestion purement financière, comme Casino, Conforama ou Vivarte par exemple. Ainsi, on place le monde du travail dans une contradiction complète : pour s’assurer le meilleur niveau de retraite on a intérêt à ce que les rendements exigés des actions soient les plus élevés possible, alors que comme salarié.e.s, nous avons besoin que l’argent que nous créons par notre travail soit d’abord redistribué par les salaires et réinvesti dans l’outil de travail.

 

En France, dès sa création en 1998, le Medef se fixe pour objectif une refondation sociale dont la logique est d’en finir avec le compromis social issu de la Libération. Denis Kessler, ancien numéro deux du Medef et dirigeant d’un grand groupe d’assurances, le déclare publiquement en 2007 pour enterrer les derniers héritages du gaullisme au lendemain de la victoire de Nicolas Sarkozy :

« Les annonces successives des différentes réformes par le gouvernement peuvent donner une impression de patchwork, tant elles paraissent variées, d’importance inégale, et de portées diverses : statut de la fonction publique, régimes spéciaux de retraite, refonte de la Sécurité sociale, paritarisme… A y regarder de plus près, on constate qu’il y a une profonde unité à ce programme ambitieux. La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! »

Cet édito publié par le journal « Challenges » a le mérite de la clarté et démontre un patronat qui assume désormais d’attaquer frontalement les acquis du CNR. Après les privatisations de 1986, la réforme des retraites de 1993 et de 2003 et celle de 1995 partiellement enterrée par la grande mobilisation qui suivit, il ne s’agit évidemment pas des premières charges. Mais c’est la première fois qu’elles sont formulées de façon aussi ouverte et assumée, preuve d’une inversion des rapports de force et d’un tournant générationnel, les derniers résistants étant de moins en moins nombreux. C’est aussi le signe d’un conflit d’intérêts assumé sans complexe : Denis Kessler était patron d’une société d’assurances, il a donc directement intérêt au remplacement de tout ou partie de notre Sécurité sociale, en matière de maladie, de retraite ou de prévoyance, par un modèle assurantiel.

Le capitalisme, pour se développer, a sans cesse besoin de nouveaux marchés pour spéculer. Là se trouve l’objectif de la remise en cause de nos retraites ou de notre système d’assurance maladie. Il ne s’agit pas de faire des économies mais d’ouvrir un nouveau terrain de jeu pour les assureurs privés. En France, aucun gouvernement n’a encore osé mettre fin aux retraites par répartition pour le remplacer par un régime par capitalisation. Par contre, chaque réforme des retraites depuis 1993 fait reculer le niveau de protection des retraites par répartition, et ouvre un nouveau marché pour l’épargne retraite. C’est la raison pour laquelle chaque réforme s’est accompagnée de la mise en place de mesures pour aider au développement de l’épargne retraite, dont les encours représentent désormais plus de 10 % du PIB.

1995, 2003, 2010, 2019, 2023, ceux qui ont tenté de remettre en cause les droits à la retraite ont toujours eu à affronter la rue et de très fortes mobilisations qui les ont soit forcés à renoncer à leur projet, comme en 1995 et en 2019, soit leur ont coûté très cher politiquement, de Nicolas Sarkozy battu en 2012 après avoir passé sa réforme en force en 2010, à Emmanuel macron minoritaire dans le pays comme au Parlement et en grande difficulté pour finir son second mandat. L’attachement très fort des Françaises et des Français au programme du CNR n’est pas à démontrer. C’est la raison pour laquelle, à l’exception de Denis Kessler, ceux qui se sont appliqués à le détricoter ne l’ont jamais assumé au grand jour et ont au contraire sans cesse essayé de le récupérer. Emmanuel Macron détient la palme dans ce domaine, lui qui a osé convoquer un CNR, « Conseil national de la Refondation », tentative heureusement largement dénoncée et boycottée, et a intitulé son parti « Renaissance », terme employé par les résistants pour désigner le travail de reconstruction à enclencher après-guerre.

[…]

Résultat du démantèlement du programme du CNR et des compromis d’après 1945, le monde de 2024 ressemble de façon saisissante à celui des années 30 : multiplication des conflits armés et extrême droite au pouvoir ou à ses portes. « Plutôt Hitler que le Front populaire », ce triste slogan semble redevenu d’actualité pour une partie du capital. La dynamique est mondiale mais rien n’est écrit d’avance : Brésil, Pologne, Espagne, la vaste mobilisation, notamment syndicale, a empêché l’extrême droite d’arriver ou de revenir au pouvoir. […] L’expérience du CNR doit nous servir de boussole et nous inspirer. Il ne s’agit certainement pas de chercher à reproduire à l’identique son programme. Le monde a profondément changé, avec la globalisation, la révolution numérique et le défi environnemental qui n’existaient pas à l’époque. Les dynamiques de mobilisation ne se construisent jamais sur la nostalgie d’un passé mythifié. Le programme du CNR visait du neuf, une seconde naissance pour la France.

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Les jours heureux, programme du Conseil national de la Résistance, précédé de « Il est minuit moins le quart » de Sophie Binet, Grasset, 112 pages, 9 euros.

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